Peut-on être très visible sans exercer beaucoup d’influence ? Oui. C’est même une confusion que j’observais déjà en 2018, alors que les médias sociaux encourageaient à regarder les audiences, les vues et les abonnés comme des preuves d’influence. Ces chiffres disent quelque chose de l’exposition d’un contenu. Ils ne disent pas, à eux seuls, ce que cette exposition produit.
Le 3 juillet 2018, je formulais cette distinction sur Twitter : « En matière d’influence, il y a souvent confusion entre visibilité (quanti) et influence (quali) comme il y a confusion entre ceux qui ont une démarche de consommation vs créateur de contenu ». Deux confusions, donc, qui méritent d’être examinées ensemble.
Voir ma publication originale du 3 juillet 2018 sur X (anciennement Twitter)
Lire ma publication du 03/07/2018
La visibilité se compte. L’influence s’apprécie autrement.
Une publication peut être vue des milliers de fois sans modifier une conviction, déclencher un échange ou susciter une action. À l’inverse, une prise de parole qui circule dans un cercle plus restreint peut compter beaucoup pour celles et ceux qui la reçoivent. Il serait absurde de nier l’utilité des indicateurs d’audience. L’erreur commence lorsqu’on leur demande de mesurer ce qu’ils ne mesurent pas.
La portée d’un message renseigne sur sa diffusion. Pour parler d’influence, il faut aussi s’intéresser à sa réception, à la confiance accordée à son auteur et à ce qu’il rend possible : une discussion, une décision, un changement de regard. Ces effets ne se laissent pas toujours réduire à un compteur public.
Consommer du contenu et en créer ne relèvent pas de la même démarche
Dans cette même publication de 2018, je distinguais une démarche de consommation d’une démarche de création de contenu. La différence ne constitue pas une hiérarchie entre les personnes : nous sommes tour à tour lecteurs, spectateurs, commentateurs et créateurs. Mais les postures n’engagent pas la même relation à l’espace public numérique.
Consulter, enregistrer ou partager peut répondre à un besoin immédiat. Créer un contenu, c’est choisir un angle, apporter une lecture, assumer une parole qui pourra être discutée, relayée ou contestée. Publier beaucoup ne suffit pas davantage à démontrer une influence que rassembler une large audience. Ce qui importe est aussi ce que l’on contribue à faire comprendre.
Ne pas confondre reconnaissance et indicateurs de plateforme
Pour une personne qui construit sa présence professionnelle, comme pour une organisation, la confusion entre visibilité et influence a des conséquences concrètes. Elle peut conduire à privilégier ce qui attire immédiatement l’attention au détriment de ce qui nourrit, dans la durée, une relation de confiance ou une expertise reconnue.
C’est ici que le Personal Branding et l’e-réputation rencontrent la question de l’influence. Une identité numérique ne se résume pas à la fréquence des publications ou au nombre de réactions. Elle se construit aussi par la cohérence des idées défendues, la qualité des contributions et la façon dont les autres les comprennent et les reprennent.
Relire cette publication de 2018 aujourd’hui n’autorise pas à lui attribuer des concepts apparus plus tard. Elle rappelle simplement une distinction qui reste utile lorsque nous analysons les médias sociaux : être vu n’est pas nécessairement être écouté, et être écouté ne se mesure pas uniquement en chiffres.