En janvier 2023, Arthur Sadoun, alors à la tête de Publicis Groupe, prend publiquement la parole sur son cancer et sur les difficultés que peuvent rencontrer les salariés malades. À Davos, il appelle les entreprises à rompre le silence autour de la maladie au travail. Ce qui retient mon attention n’est pas seulement le sujet de santé : c’est la question du leadership posée par cette prise de parole.
Un dirigeant peut-il montrer sa vulnérabilité sans affaiblir son autorité ? Et si c’était, au contraire, une manière de l’exercer ?
N’est-ce pas faire preuve de #Leadership de « c’est mettre sur la place publique sa vulnérabilité » ? Force à vous @ArthurSadoun 🙏 #Davos #LeaderVoice
— Fadhila Brahimi, publication du 18 janvier 2023 sur X
La vulnérabilité n’est pas le contraire du leadership
Dans les représentations classiques, le dirigeant doit rassurer, décider, tenir la ligne. On attend de lui une forme de solidité qui laisse peu de place au doute ou à la fragilité. Mais cette image comporte une limite : à vouloir incarner en permanence la maîtrise, on peut rendre certains sujets impossibles à aborder.
Le 17 janvier 2023, Le HuffPost, dans un article réalisé avec l’AFP, rapporte qu’Arthur Sadoun a choisi de parler publiquement de son expérience du cancer. Il relie son témoignage à une difficulté collective : la peur de parler de sa maladie dans l’entreprise.
J’y vois une distinction essentielle. Rendre visible sa vulnérabilité ne signifie pas demander aux autres de porter sa fragilité. Cela peut aussi servir à rendre audible une réalité qu’ils n’osent pas exprimer.
Passer du témoignage personnel à une responsabilité collective
Un témoignage peut susciter de l’émotion. Il prend une autre dimension lorsqu’il débouche sur une question adressée à l’organisation : que fait-on concrètement pour les personnes confrontées à cette situation ?
À Davos, Publicis annonce le lancement de Working with Cancer, une initiative destinée à lutter contre la stigmatisation du cancer dans le monde professionnel. Le témoignage du dirigeant ne reste donc pas une histoire individuelle. Il accompagne un engagement porté auprès d’autres entreprises.
C’est cette articulation qui m’intéresse dans la parole d’un dirigeant : la capacité de transformer une expérience personnelle en sujet de responsabilité collective, sans confondre l’une avec l’autre.
La sincérité ne se décrète pas et elle ne se mesure pas au degré d’intimité livré au public. Chacun doit rester libre de ce qu’il souhaite rendre public, particulièrement lorsqu’il s’agit de sa santé. Le courage de parler ne doit jamais devenir une obligation de se dévoiler.
Quand la parole engage le dirigeant
Cette prise de parole ne fait pas de la vulnérabilité une méthode de communication. Elle montre qu’un dirigeant peut choisir de parler d’un sujet personnel lorsqu’il estime que son expérience peut ouvrir un dialogue utile au-delà de lui-même.
Il ne s’agit pas d’exiger davantage de confidences des dirigeants. Il s’agit de reconnaître qu’une parole personnelle peut parfois éclairer une responsabilité collective que le discours institutionnel laisse dans l’ombre.
Le leadership ne consiste pas à paraître invulnérable. Il consiste aussi à savoir quand une parole personnelle peut ouvrir un dialogue que le discours institutionnel n’aurait pas permis.