« Facebook a vieilli à côté de Tiktok (snack), LinkedIn s’est facebookerise, Quand a Twitter.. l’oiseau tourne en rond. » J’écrivais cela le 12 novembre 2022, avec une pointe d’ironie, mais aussi une vraie inquiétude : que deviennent nos conversations quand les médias sociaux accumulent les polémiques, les tensions et les sollicitations ?
Dans cette même publication, je pointais la prolifération des « (bad) buzz », des « fakenews », la charge informationnelle, les conflits en ligne et le harcèlement. Ma conclusion était nette : « Tout contribue au retranchement. » Je parlais de cette envie de se mettre en retrait lorsque prendre la parole expose davantage qu’elle ne permet d’échanger. Et je rapprochais ce phénomène de la manière dont les plateformes changeaient sous nos yeux.
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Facebook, TikTok, LinkedIn : des usages qui ne vieillissent pas au même rythme
La formule sur Facebook et TikTok parlait de deux cultures de l’attention. En 2022, je voyais dans les formats courts de TikTok, dans ce « snack » de contenus, un contraste avec une plateforme Facebook installée dans d’autres habitudes. « Facebook a vieilli » était mon raccourci pour décrire cette évolution des usages, pas un jugement définitif sur ses utilisateurs.
La « facebookisation » de LinkedIn me frappait pour une autre raison. Le réseau professionnel empruntait de plus en plus aux codes de la publication personnelle, de la réaction et de la mise en scène de soi. Il ne suffisait plus de regarder l’étiquette « réseau professionnel » pour comprendre ce qui s’y jouait. Le ton des conversations, les formats valorisés et les comportements comptaient tout autant.
Quant à Twitter, mon « oiseau tourne en rond » disait une forme de lassitude : lorsque les mêmes oppositions reviennent sans cesse, la circulation des messages peut donner beaucoup de mouvement à l’écran et peu d’espace à la discussion. C’était une observation datée, faite sur Twitter avant son changement de nom en X, et je tiens à la laisser dans son contexte.
Quand le bruit pousse à se retirer
Le point commun de ces observations n’était pas un classement des plateformes. Je m’interrogeais sur l’expérience vécue de leurs utilisateurs. Bad buzz, fausses informations et affrontements répétés finissent par peser sur la manière dont chacun choisit de participer. Je distingue évidemment la controverse, qui fait partie du débat public, du harcèlement, qui met directement les personnes en difficulté. Leur accumulation peut néanmoins produire de la fatigue et pousser au silence.
Ce retranchement n’implique pas nécessairement un départ définitif. On peut continuer à consulter un réseau tout en publiant moins, en évitant certains débats ou en privilégiant des échanges plus restreints. Une plateforme peut donc afficher une activité intense alors qu’une partie des personnes renonce à y prendre la parole. C’est cette différence entre agitation visible et qualité des relations qui m’intéresse.
Visibilité, réputation et liberté de parole
Cette évolution concerne aussi l’identité numérique et l’e-réputation. Se rendre visible peut permettre de défendre une idée, de partager son expertise et de créer des liens. Mais lorsque chaque intervention risque de provoquer une attaque, la visibilité cesse d’être vécue de la même façon. Le choix de parler, de répondre ou de se taire devient aussi un choix de protection.
Pour les personnes et les organisations, les volumes de réactions ne racontent donc pas toute l’histoire. Il faut se demander qui participe encore, qui se retire, ce qui encourage un échange et ce qui l’étouffe. En novembre 2022, derrière mes formules sur Facebook, TikTok, LinkedIn et Twitter, c’était déjà cette question que je posais : que reste-t-il du lien social lorsque la conversation fatigue ceux qui la font vivre ?