Fadhila Brahimi – Géostratège en influence numérique

Identité numérique : une évolution façonnée par les usages et la confiance

« L’identité numérique n’est qu’au stade embryonnaire. » C’est ce que j’écrivais le 11 septembre 2018. J’ajoutais que ses contours évoluaient avec les apports technologiques, sociologiques et économiques, avant de revenir à ce qui me semblait décisif : « les usages, encore les usages ».

Cette observation garde tout son intérêt. L’identité numérique ne s’est pas construite suivant un plan unique, ni à partir d’une définition figée. Elle a évolué à mesure que nous avons pris de nouvelles habitudes, confié davantage d’activités aux services en ligne et découvert que notre présence sur Internet soulevait aussi des questions de confiance, de responsabilité et de pouvoir.

Lire ma publication originale du 11 septembre 2018

L’identité numérique se construit par les usages

Nous parlons souvent de l’identité numérique comme s’il s’agissait d’un objet délimité : un profil, un compte, un ensemble de données, éventuellement une réputation. Mais les pratiques ne rentrent pas toujours dans ces cases. Une personne peut utiliser un réseau pour entretenir ses relations professionnelles, une messagerie pour participer à une communauté, une plateforme pour publier ses idées et un service administratif pour justifier de son identité.

Ces situations ne mobilisent ni les mêmes informations, ni les mêmes attentes, ni les mêmes rapports à la confiance. Pourtant, elles participent toutes, d’une manière ou d’une autre, à notre expérience de l’identité dans un environnement numérique.

C’est pourquoi je revenais en 2018 à la question des usages. Les innovations techniques créent des possibilités, mais ce sont aussi les comportements, les besoins et les normes sociales qui contribuent à donner forme à l’identité numérique. Une nouvelle fonctionnalité ne suffit pas à expliquer ce que les personnes en feront, ni ce qu’elles accepteront de montrer, de partager ou de protéger.

Présence, réputation, identification : des enjeux différents

Être identifiable sur un réseau social n’est pas la même chose que prouver son identité auprès d’un service. Construire une réputation professionnelle n’est pas non plus équivalent à s’authentifier pour accomplir une démarche. Ces dimensions se croisent, mais les confondre empêche de poser les bonnes questions.

Dans le champ du Personal Branding et de l’e-réputation, nous nous intéressons notamment à la manière dont une personne est présente, perçue et reconnue. Dans celui de l’identification numérique, la question porte davantage sur la fiabilité des informations et sur les moyens de garantir qu’une personne est bien celle qu’elle prétend être. Les réponses ne peuvent pas être les mêmes.

Et dans les deux cas, les usages comptent : les outils les plus sophistiqués n’effacent ni les habitudes, ni les hésitations, ni les questions de confiance.

Qui doit garantir notre identité numérique ?

Le 5 octobre 2020, je relayais une tribune du Monde dans laquelle était défendue cette position : « L’État doit être le garant de notre identité numérique et reprendre la main sur ce terrain, abandonné au privé ». Cette prise de parole, associée au collectif #RéEnchanterInternet, introduisait une question de gouvernance qui dépasse la seule évolution des outils.

Lire ma publication originale du 5 octobre 2020

Lorsque l’identité sert à accéder à des droits, à accomplir des démarches ou à établir une relation de confiance, la question de celui qui en fixe les règles devient centrale. Quel rôle laisser aux entreprises privées ? Quelles garanties attendre des pouvoirs publics ? Et comment préserver la maîtrise des personnes sur leurs informations ?

Ces interrogations ne remplacent pas les enjeux de réputation et de visibilité. Elles montrent plutôt que l’identité numérique est devenue un sujet à plusieurs dimensions : personnelle, sociale, professionnelle, technique et institutionnelle.

Une identité numérique qui continue d’évoluer

Aujourd’hui, les outils d’intelligence artificielle ajoutent une nouvelle dimension : des systèmes peuvent rapprocher des informations dispersées et produire une synthèse de ce qu’ils trouvent sur une personne. Ce développement rend plus sensible encore la question des traces et de leur interprétation. Il s’agit d’une évolution actuelle, distincte des sujets que je relayais en 2018 et en 2020.

La question reste néanmoins familière : comment les technologies transforment-elles nos pratiques, et comment nos usages transforment-ils à leur tour ce que nous appelons l’identité numérique ?

Je continue de penser qu’il faut partir de là. Non d’une définition supposée définitive, mais de ce que les personnes font réellement, des responsabilités qui en découlent et de la confiance que nous voulons construire.