« Nous, nous allons raconter notre vie sur Internet ? Jamais de la vie ! » Cette réaction, je l’ai entendue en 2005, lors de mon premier atelier sur les réseaux sociaux et le Personal Branding devant des professionnels des ressources humaines au CNAM, en présence de Cécile Dejoux.
Je l’ai racontée dans une publication du 02/11/2022. Avec le recul, elle dit beaucoup de la surprise que pouvait provoquer, au milieu des années 2000, l’idée de construire sa présence professionnelle en ligne. Prendre la parole sous son propre nom n’allait pas de soi.
Publication de Fadhila Brahimi du 02/11/2022
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Quand le Personal Branding évoquait l’exposition de la vie privée
La réaction de cette salle de professionnels RH révélait un malentendu très parlant. « Raconter sa vie sur Internet » : voilà ce que pouvait suggérer une démarche de Personal Branding, alors que la question était aussi de rendre accessibles ses compétences, son expérience, ses idées et sa trajectoire professionnelle.
En 2005, les usages du Web social étaient encore en construction. Il fallait expliquer ce que signifiait publier en son nom et pourquoi une personne pouvait vouloir être identifiée autrement que par sa fonction, son entreprise ou son CV. Ce n’était pas seulement une affaire d’outils. C’était une autre manière d’envisager la visibilité professionnelle.
Une parole professionnelle qui ne dépend plus uniquement de l’entreprise
Un blog, puis les réseaux sociaux, ont progressivement donné aux personnes la possibilité de rendre leur expertise visible sans attendre qu’une institution parle à leur place. Leur présence numérique pouvait accompagner leur parcours, leurs changements de fonction ou leurs engagements.
Cette possibilité soulevait déjà une question fondamentale : jusqu’où souhaite-t-on se rendre visible ? Publier son analyse professionnelle n’oblige pas à exposer sa vie privée. Le Personal Branding ne consiste pas à tout raconter. Il suppose au contraire de choisir ce que l’on souhaite rendre public et de comprendre ce que cette parole engage.
Ce que le « jamais de la vie » raconte de l’évolution des usages
La phrase entendue au CNAM me frappe encore parce qu’elle permet de mesurer le déplacement des habitudes. Des pratiques autrefois accueillies avec étonnement se sont installées dans les parcours professionnels. La prise de parole des experts, des collaborateurs et des dirigeants occupe désormais une place importante dans les stratégies de visibilité et d’influence.
Je garde néanmoins la nuance contenue dans ce souvenir : ce sont les personnes qui décident de leurs limites. La possibilité technique de publier n’a jamais constitué, à elle seule, une obligation de s’exposer.
Ce premier atelier de 2005 reste pour moi un repère concret. Il rappelle qu’une transformation numérique se mesure aussi à la façon dont évoluent les représentations, les réticences et les usages. Avant qu’un geste devienne banal, il a parfois fallu commencer par en expliquer le sens.