Fadhila Brahimi – Géostratège en influence numérique

GAFAM et BATHX : deux modèles de puissance numérique

Le 3 octobre 2022, je relayais sur X un contenu consacré aux GAFAM et aux BATHX. Ce deuxième acronyme, moins familier au grand public, désigne un ensemble de grandes entreprises technologiques chinoises. Je trouvais la comparaison utile pour une raison : elle obligeait à regarder la puissance numérique au-delà de la Silicon Valley.

Retrouver ma publication du 3 octobre 2022 sur X.

Mettre les GAFAM et les BATHX face à face ne revient pas à opposer deux blocs équivalents. Les entreprises américaines et chinoises n’ont ni la même histoire, ni les mêmes rapports avec leurs États, ni les mêmes conditions d’accès aux marchés. C’est justement cette différence qui m’intéresse : derrière les noms des entreprises, il y a des choix industriels, des cadres politiques et des stratégies de puissance.

Des géants technologiques inscrits dans des systèmes différents

Les GAFAM ont bénéficié d’un environnement américain associant recherche, financement, marché intérieur et capacité à se développer à l’international. Leur puissance économique est celle d’entreprises privées, mais elle se construit aussi dans un écosystème national qui soutient l’innovation et les infrastructures.

En Chine, le développement des grandes plateformes s’inscrit dans une relation plus étroite avec les priorités industrielles et les décisions de l’État. La réglementation et les conditions d’accès au marché intérieur jouent un rôle déterminant.

Je me méfie pourtant du raccourci qui consisterait à décrire un modèle entièrement privé d’un côté et un modèle entièrement étatique de l’autre. Dès lors que les infrastructures, les données et les technologies deviennent stratégiques, les intérêts des entreprises et ceux des États se croisent dans les deux environnements. Ils ne se croisent simplement pas de la même manière.

Comparer les usages plutôt que chercher des équivalents

Une comparaison fondée uniquement sur la taille des groupes ou leur capitalisation passe à côté d’une partie du sujet. Ce qui compte également, c’est la place occupée par leurs services dans la vie quotidienne.

Certains écosystèmes numériques chinois ont très tôt associé messagerie, paiement, commerce et services dans une même expérience. Cette intégration facilite les usages, mais elle peut aussi renforcer la dépendance des utilisateurs et des entreprises à un environnement particulier.

On ne comprend donc pas grand-chose à ces plateformes en cherchant à tout prix un équivalent chinois de chaque entreprise américaine. Il faut regarder ce que les utilisateurs font réellement, les infrastructures mobilisées et les relations économiques qui se nouent autour de ces services.

Et l’Europe dans cette comparaison ?

Pour nous, Européens, la question ne se résume pas à observer la concurrence entre les États-Unis et la Chine. Elle conduit à examiner nos propres dépendances : quelles infrastructures maîtrisons-nous ? Sur quels services reposent nos échanges et nos activités économiques ? Où disposons-nous de capacités industrielles, technologiques ou réglementaires pour peser ?

Depuis ma publication de 2022, l’essor de l’IA générative a encore accentué l’importance de ces questions. Les noms des entreprises et le périmètre des acronymes peuvent évoluer, mais les enjeux de contrôle des données, de puissance de calcul, d’infrastructures et de diffusion des usages demeurent.

Ce que je retiens de la comparaison GAFAM/BATHX, ce n’est pas un classement des champions du numérique. C’est une manière d’interroger les rapports de force qu’ils contribuent à construire, et la place que l’Europe peut y prendre.