Fadhila Brahimi – Géostratège en influence numérique

Qu’est-ce qu’un bon dirigeant ? Au-delà du charisme

Qu’est-ce qui fait un bon dirigeant ? Le 11 juillet 2018, j’ai partagé un article qui m’avait inspirée : des regards croisés sur le leadership, venus notamment de la philosophie, de la tradition religieuse et du monde militaire. Des univers différents, mais une même question : qu’est-ce qui donne à une personne la capacité d’entraîner les autres ?

Le doute n’est pas le contraire de l’autorité

Dans cet article publié le 10 juillet 2018 par Capital, la journaliste Marie Peronnau rapporte plusieurs interventions sur l’art de diriger. Le philosophe Charles Pépin y invite à regarder le doute autrement : celui qui dirige n’a pas nécessairement réponse à tout. Il peut aussi construire son autorité dans la relation et reconnaître ce qu’il doit aux autres.

Cette idée m’intéresse : confondre leadership et certitude permanente laisse peu de place à l’écoute. Or une décision engage des personnes dont l’expérience ne se réduit pas à celle de leur dirigeant.

Résister à l’adversité et donner du sens

Le général Marc Watin-Augouard insiste sur la capacité à tenir lorsque survient l’épreuve. Il ne s’agit pas seulement de supporter la pression : un dirigeant doit pouvoir indiquer une direction et expliquer pourquoi elle compte.

Dans les organisations, cette différence est essentielle. Donner des instructions ne suffit pas toujours à obtenir l’adhésion. Comprendre le sens d’une décision peut aider chacun à trouver sa place, notamment quand la situation se complique.

Le respect, la complémentarité et le collectif

Le frère Samuel Rouvillois rappelle qu’une personnalité charismatique peut aussi entraîner les autres dans une mauvaise direction. Le respect d’autrui et la capacité à remettre ses idées en question comptent donc autant que la force de conviction.

Le grand rabbin Haïm Korsia aborde, lui, le leadership par la complémentarité : un dirigeant ne fait pas tout seul. Sa responsabilité consiste également à reconnaître les compétences autour de lui et à construire une équipe.

Cette lecture rompt avec l’image du chef solitaire. L’influence d’un dirigeant peut tenir à sa capacité à faire grandir une dynamique collective plutôt qu’à occuper toute la place.

Ce que le Personal Branding révèle du leadership

Ces qualités prennent une autre dimension lorsque le dirigeant choisit d’être visible et de prendre la parole en son nom. C’est aussi une question de Personal Branding : quelle identité professionnelle donne-t-il à voir, et qu’est-ce que cette image raconte de sa manière de diriger ?

Le risque serait de confondre le travail sur cette image avec la fabrication d’un personnage. Une réputation professionnelle peut attirer l’attention, mais elle reste exposée à la confrontation entre les paroles, les décisions et les comportements. Le doute, le respect et l’exemplarité évoqués dans ces regards croisés sont autant de repères pour penser cette cohérence.

À mes yeux, la marque personnelle d’un dirigeant n’a pas grand intérêt si elle masque sa façon d’exercer ses responsabilités. Elle devient plus utile lorsqu’elle permet de comprendre ce qu’il défend, comment il décide et quelle place il laisse aux autres.

L’exemplarité avant les discours

D’autres intervenants, dont le contre-amiral Loïc Finaz et l’enseignant Christian Monjou, mettent en avant le rapport aux personnes et l’exemplarité. Une parole peut mobiliser, mais elle perd de sa portée si celui qui la prononce ne s’applique pas à lui-même les exigences qu’il adresse aux autres.

Ces regards ne dessinent pas un portrait unique du bon dirigeant. Ils montrent plutôt des tensions à tenir ensemble : décider sans s’enfermer dans ses certitudes, inspirer sans écraser, résister sans se couper des autres.

Le leadership ne se résume ni au charisme ni au statut. Il se mesure aussi à la relation que l’on construit et à la responsabilité que l’on accepte d’assumer.

Source : « Qu’est-ce qu’un bon dirigeant ? La réponse d’un philosophe, d’un rabbin, d’un militaire… », Marie Peronnau, Capital, 10 juillet 2018.